Chat Control ! Mais de quoi parle t-on?



19/08/2025

Chat Control !

Voilà le mot est lâché. (Presque) tout le monde en parle actuellement en plus ou moins bonne connaissance et malheureusement en mélangeant certaines notions ou textes  dont on a parlé récemment.

Tout d'abord d'où vient le terme « Chat control » ?

 Le sujet du texte est : Proposal for a Regulation of the European Parliament and of the Council laying down rules to prevent and combat child sexual abuse . Child Sexual Abuse Regulation » (CSAR).

Bon, c'est un peu compliqué, alors en 2022 il a été surnommé « Chat Control » par un eurodéputé du nom de Patrick Breyer et popularisé par des opposants, surtout allemands et autrichiens pour dénoncer la surveillance généralisée des messageries chiffrées.

 

Alors , de quoi parle ce texte ? 

Ce document du Conseil de l'Union européenne (10131/25) daté du 01 juillet 2025 présente une série de compromis pour une réglementation qui viserait à prévenir et combattre l'abus sexuel des enfants, en ligne.

Ces abus sont définis comme suit :

🔸 CSAM: Child Sexual Abuse Material. En français : « matériel pédopornographique »  déjà produit et qui circule en ligne ou ailleurs (images, vidéos, textes exploitant sexuellement des enfants).

🔸 Grooming : un adulte entre en contact avec un enfant (réseaux sociaux ou jeux en ligne) et gagne sa confiance petit à petit dans le but de l’’amener à envoyer des photos intimes, à rencontrer en vrai, ou à accepter des abus.


Comme tout règlement européen il a vocation à harmoniser les différentes procédures entre les 27 pays (et donc 27 réglementations).

 

Pour se faire il se propose d'agir des deux côtés:

 

Mais avant d'aller plus loin il faut introduire un nouvel acteur qui sera important dans cet article, c'est le Centre de l'UE

Son rôle sera de fournir (entre autre car je n’ai pas tout détailé ici) un soutien technique, une expertise et de coordonner les différentes parties. 

Il sera en outre le détenteur d'une base de données de fichiers déjà connus (comme un IOC en cas d’attaque d’origine cyber)  comme étant incriminants,  et il sera donc chargé de maintenir cette base à jour afin que chaque remontée de fichiers suspects soit comparée avec celle-ci.


Chaque État membre doit désigner au moins une autorité compétente et une "Autorité Coordonnatrice" qui agira comme "point de contact unique" pour toutes les questions liées à l'application du règlement.

 

Loi ou règlement ?

Ce  texte est un règlement ou plus précisément, il s'agit d'une Proposition de Règlement du Parlement européen et du Conseil.

Il est contraignant dans son intégralité et directement applicable dans tous les États membres.

Cela signifie qu'une fois adopté et entré en vigueur, il s'appliquera tel quel dans le droit national de chaque État membre, sans nécessiter de mesures de transposition supplémentaires.

Il impose donc un certain nombre d’actions mais il n’indique pas comment les mettre en place. Et c’est là où les spéculations vont bon train.

 

 

Protection des Données et Droits des Utilisateurs 

Des mesures de confidentialité et de minimisation des données permettant la vérification et l'évaluation de l'âge, doivent préserver la vie privée en respectant les principes relatifs au traitement des données personnelles.

Le délai de conservation de ces données ne doit pas être plus long que nécessaire 

 

Voyons tout d'abord le côté fournisseur de service numérique.


 On en parle peu, voire pas du tout, tant il est balayé par la  polémique autour du côté utilisateur.

 

Ce réglement veut établir des obligations pour les différents fournisseurs de services numériques.

Sous ce terme assez large on trouve les messageries classiques Gmail, Yahoo…,  les messageries chiffrées, les moyens d'échange interpersonnel comprenez par là les systèmes de chat y compris ceux qui sont intégrés à différentes plateformes comme les jeux en ligne par exemple.

Cela inclut également le stockage en ligne et tout ce qui peut contribuer à échanger de manière discrète comme par exemple l'utilisation d'un VPN ou encore les moteurs de recherche.

🔸 Évaluation et atténuation des risques :  chaque fournisseur de service numérique  doit identifier analyser et évaluer le risque qui est fait par l'utilisation de son service à des fins d'abus sexuel d'enfants en ligne.  Selon un certain nombre de critères il devra les évaluer en faible, moyen ou élevé.

🔸 Cette identification se limite pour l'instant aux contenus visuels et aux URL 

🔸 Obligation de prendre toutes les mesures raisonnables pour en atténuer les effets. 

🔸 Obligation de signaler rapidement au Centre  toute détection faite.

🔸 Obligation de le signaler également à l'utilisateur concerné sauf lorsqu'une enquête de judiciaire pourrait être compromise.

🔸 Suppression et/ou blocage des services hébergeant ce type de contenu, et  déréférencement de la part des moteurs de recherche.

🔸 Détection y compris dans les communications chiffrées (un des points qui fait bondir plus d'un  et qui entre en contradiction avec l'un des articles qui stipulent qu'on ne doit en aucun cas contourner ou affaiblir le chiffrement ! ) 

🔸 Utilisation uniquement des technologies validées,approuvées  et  ordonnées par le Centre.

🔸 Engagements de leur responsabilité uniquement sur leur bonne foi dans l'exécution de leurs obligations. En d'autres termes, pas de responsabilité pénale si le fournisseur a pris toutes les dispositions qui lui ont été demandés. 

🔸 Obligation de préserver les données aussi longtemps que cela est nécessaire dans le cadre d’une enquête. 

 

Coté Utilisateur

Ce côté est plus obscur car le texte  ne mentionne pas comment doit se mettre en place sur le PC, téléphone ou pour d'autres objets, cette récupération d'information.

Afin de ne pas affaiblir le chiffrement ou le contourner (ce qui a été catégoriquement refusé jusqu'à l'heure par différents pays y compris la France) il est proposé de détecter la diffusion de ces fichiers suspects ou tout acte comopromettant avant l'envoi de ceux-ci sur le réseau (le Client-side Scanning).

C'est une technologie qui "inspecte le contenu avant qu'il ne soit chiffré" sur l'appareil de l'utilisateur et qui compare le résultat à une base de données "d’indicateurs d’abus sexuels sur enfants en ligne" (mise à jour par le Centre de l'UE dont je parlais un peu plus haut).

.

Il est précisé que tout ceci doit se faire avec le consentement de l'utilisateur. En cas de refus de celui-ci, le fournisseur est tenu de limiter les fonctionnalités de service pour empêcher la transmission des différents contenus visuels et les URL.

Important : Ces dispositions ne  s'appliquent pas aux comptes utilisés par l'État à des fins de sécurité nationale, de maintien de l'ordre ou à des fins militaires.

 

 

Bon ! Tout va bien alors !

Et bien non pas exactement !  (ce qui suit est mon analyse personnelle)

Ce  texte soulève bien évidemment des questions sur la protection de la vie privée.

 

C'est tout d'abord une atteinte aux droit fondamentaux : 

🔸 Le respect de la vie privée

🔸 La garantie de la liberté d'expression et l'information (on entend par là des professions telles que les journalistes, avocats, médecins etc)

🔸 La protection des données personnelles

Et dans une moindre mesure,  une certaine main mise sur les différents acteurs technologiques contraints à se soumettre à cette réglementation et par conséquent aux différentes exigences techniques.

C'est un sujet qui a été débattu y compris chez nous à l'Assemblée, les risques liés au chiffrement et par conséquent à la cybersécurité. Bien que le texte mentionne que ce chiffrement ne doit être ni affaibli ou contourné on est tout de même en droit de se poser certaines questions quand à l'application de cette procédure.

 
Cela n'aura échappé à personne le fait de mettre un dispositif, quel qu'il soit, permettant de récupérer une information, pourra ou sera, tôt ou tard, utilisé par des personnes, des groupes, voire même des états en dehors du but pour lequel il a été construit.


Lorsqu'on parle d'algorithmes qui vont analyser les différents contenus, on pense bien évidemment à l'utilisation de l'intelligence artificielle.

A ce jour les IA génèrent régulièrement des faux positifs avec des scores plus ou moins élevés dans ce qu'on leur demande de détecter (attention d'ailleurs à ce qui circule sur les réseaux à savoir 80 % de détections erronées cela ne concerne qu' un type de détection spécifique liés à la cybersécurité).

Un autre risque que j'entrevois c'est la diffusion d'une information erronée telle qu'elle est prévue à être exécuté par le fournisseur d'accès à un utilisateur, ce qui pourrait contraindre celui-ci à se retrouver soit victime d'un mauvais signalement ou au contraire le transformer en justicier auto- proclamé ! 

 

Tout ceci s'apparente bien évidemment à une surveillance de masse.


Aujourd'hui ce dispositif se focalise sur la défense des enfants abusé sexuellement en ligne et par conséquent dans la vie réelle.

Très bien !

Mais une fois ce dispositif en place, quelles sont les garanties que ce systéme ne serait pas utilisé à d'autres fins de surveillance pour voir par exemple nos opinions politiques,
 nos opinions religieuses etc, tout ceci sous couvert d'actions contre le terrorisme par ex?

Et on peut imaginer qu’il y a d'autres cas d'usage.